Ali FAIQ & Amarg Experience

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Enono Anya La musique en partage

Extrait de l’article de François Bensignor, hommes et migrations.

Enono Anya est le fruit d’une résidence de création. Fin mai 2012, les musiciens marocains s’envolent pour la Nouvelle-Calédonie. “C’était une grande première pour moi. J’ai découvert la culture kanak avec sa musique et ses polyphonies vocales, le ukulélé tel qu’il est joué en Nouvelle-Calédonie, mais aussi de nouvelles structures pour construire des chansons”, explique Ali Faiq. Les Marocains font alors l’expérience de la coutume chère aux Kanaks. “À travers la coutume, c’est la notion de respect qui guide notre société. La maison appartient à une famille. Avant d’y entrer, on présente une coutume : Ali a pu le voir”, commente Mathias Wahnunu.

DSC00653Accueillis à Nouméa au Centre culturel Tjibaou, les deux groupes vont préparer un répertoire original à partir de leurs chansons respectives. “Chacun des groupes a apporté plusieurs de ses morceaux. Une sélection a été faite et nous avons travaillé avec Camel Zekri pour faire naître de nouveaux morceaux issus du mélange”, poursuit Mathias. Chargé de la direction artistique de la création, Camel Zekri joue un rôle essentiel lors de la mise en forme musicale du répertoire. Ce musicien doué d’une curiosité sans limite possède une faculté d’écoute hors du commun. Premier prix de guitare classique, diplômé de musicologie, il s’est forgé en France une réputation d’improvisateur en musique expérimentale. Sa carrière prend une tournure inédite quand son grand-père, maître du Diwân de Biskra en Algérie, lui transmet l’héritage de son art (cf. H&M, n° 1285). La cérémonie du diwân, semblable à celle des Gnaoua au Maroc, trouve un nouveau terrain d’expression. Avec sa troupe, Camel Zekri parcourt le Sahel et l’Europe. Ses productions artistiques pour les albums de grandes voix africaines – Hasna (Algérie), Malouma (Mauritanie), Mamar Kassey (Niger) et Oudaden (Maroc) – le posent en passeur éclairé, capable de tisser des liens d’une grande profondeur entre traditions orales et musiques globales. Son expérience calédonienne avec Dick & Hnatr pour leur album Angaïshola lui ouvre de nouveaux horizons qu’il explore brillamment pour le projet Enono Anya.

Ali Faiq décrit ainsi la démarche de création : “Tout le monde écoute le morceau proposé, à la suite de quoi chacun apporte des idées pour le développer. Camel Zekri, le directeur artistique, nous a beaucoup aidés à sélectionner les meilleures idées et à les intégrer aux différents morceaux. Pour les passages de création, on va d’abord s’interroger sur le thème de la chanson, afin d’en extraire les mots clés, que chacun va tenter de reformuler dans sa langue en paroles fluides, dont le sens correspond à l’esprit du texte original. Parfois l’état d’esprit est si bien traduit que l’on n’a même pas l’impression de passer d’une langue à l’autre. Le rapprochement est alors saisissant. Ces deux cultures que l’on aurait pu penser très éloignées l’une de l’autre paraissent soudain très proches. Depuis cette expérience, je crois vraiment à l’inconscient collectif. Autrefois, je l’entendais à travers la musique, maintenant je le vis de l’intérieur.”

DSC00706À la polyphonie fervente des taperas, hérités des chorales océaniennes, s’enchaînent harmonieusement les mélodies berbères en variations pentatoniques. Chants et rythmes s’unissent en étreintes fluides, dans le respect des identités musicales de chacun. “On peut expliquer cette fluidité par l’esprit d’ouverture qui préside à chacun de nos deux groupes, souligne Ali. Elle exprime le respect de chacun envers l’autre. Un équilibre s’est établi à partir des points forts de chacun. Sumaele apporte la polyphonie vocale, le rythme et les arpèges de la guitare, ainsi que le tempo marqué sur le bambou. De notre côté, nous apportons les instruments traditionnels du Souss marocain, qui sont fabriqués à la main, le ribab et le lôtar. Même si notre musique est pentatonique, nous avons cette volonté de dépasser les limites qui s’imposent dans notre style. Si cette expérience est réussie, nous le devons beaucoup à Camel Zekri, qui est intervenu comme arrangeur. Il nous a beaucoup aidés à établir l’équilibre qui préside à cette fusion musicale.” “Comme le disent nos amis de Sumaele : ‘Il y a une lumière dans le travail que nous avons fait’, poursuit Ali. Celle-ci provient du respect de nos différences et de la valorisation de nos points communs. La musique est universelle. Elle n’a pas de frontières. Mais parfois les cultures érigent des frontières. Les membres des deux groupes ont abaissé ces frontières pour aller vers les autres. Cette création est le fruit d’un partage mutuel. Les passages d’une musique à l’autre se font naturellement, au point que nous nous sentons appartenir au même groupe. Il n’y a plus d’un côté des Calédoniens et des Marocains de l’autre, nous sommes un groupe qui intègre les musiques de ces deux cultures. Nous sommes des citoyens du monde, qui avons le sentiment profond de partager nos spécificités. Dans ce projet, nous nous sentons tous à égalité, sans qu’une personne ne domine les autres. Et cette philosophie nous a beaucoup aidées à réussir ce projet.”

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